Apr 7, 2008

Nicolas Sarkozy visits Queen Elizabeth II


The ultimate sin: to show signs of uneasiness in high society.

This article seems like a caricature of French criticism. I won't translate it because it would loose all it's juiciness, subtlety and meanness. But it's basically a long tirade on how the French president doesn't belong at all to the world class society and ends up looking completely out of place, and thus utterly pitiful, while visiting the Queen of England.
It's very well written. I just wish it wasn't serving such a contemptuous cause. It'd be a great passage in a novel. But as a journalist, criticizing a president for not being able to show off a certain ease in a royal environment is just feeding more material to a world too eager to indulge in gossip and trashy literature. Are you embarrassed Mr Caviglioli? Although very well written, your withering criticism of Mr Sarkozy isn't very classy (for those who might think i am defending the man, i'm not.)
There's a constant battle among your average middle class frenchman: being the middle class person that he is and yet wanting to be a part of the upper class. A struggle to be accepted in a world "above" his that will make him feel better about himself. He will flirt with high society and might even, if he gets lucky, sleep with her. He will feel better about himself for being in orbit around such a classy world until something or someone will remind him of where he comes from. A slight "faux pas" from one of his own people and he's taken out of his orbit, only to find himself floating in a vast environment of mediocrity and "middleness" reminding him of his humble roots.
And for those who read French, here it goes:


"Nicolas et Carla : roulez carrosses !
Les Sarkozy chez la reine d'Angleterre, cela vaut le détour. François Caviglioli a suivi toutes les étapes d'un voyage officiel qui ressemblait parfois à un chemin de croix.

Une visite d'Etat, ça se joue à la descente d'avion. On repère tout de suite les dominants et les dominés. Côté dominants : le duc d'Edimbourg, venu accueillir à Heathrow le couple présidentiel français, baise la main gantée de Caria. Entre eux, une complicité immédiate. Ils se jaugent. Un bref duel à coups de séduction. Ils se sourient. La caméra les isole un instant. Ils semblent seuls sur le tarmac. Ils sont du même monde. Ils ont les mêmes codes. Le pardessus du prince, coupé à Savile Row, s'harmonise avec la redingote de Caria griffée Dior et dessinée par John Galliano. Côté dominé : notre président. Il n'a pas cette aisance souveraine. Il tourne la tête dans tous les sens. Il s'oriente. Il cherche à mettre un nom sur les visages. Il est dépaysé. Son sourire est quémandeur, presque suppliant. Il est endimanché. Un petit prolo invité pour la première fois de sa vie «dans la haute». On le sent soucieux de bien faire, mais agité, anxieux. On a peur pour lui.
Ce n'est pas un voyage officiel mais un chemin de croix. Deuxième station : le dais installé devant la château de Windsor pour une petite cérémonie de bienvenue présidée par la reine. Sarko est tellement tendu qu'il sursaute et se met presque au garde-à-vous lorsqu'un officier des grenadiers hurle un commandement dans la cour d'honneur. Il n'a qu'une idée en tête. Il sait qu'il ne doit surtout pas effleurer la reine. On le lui a dit et répété. Alors il s'écarte d'elle comme si elle venait de manger un pudding avarié. Il en est presque discourtois. Pour se donner une contenance, il prend la main de Carla. La scène se transforme. Elle prend l'allure d'un mariage à la campagne, avec le marié emprunté et la reine en belle-mère un peu revêche et coiffée d'un chapeau compliqué. Mais Nicolas se souvient brusquement qu'on l'a bien mis en garde : les Britanniques ont horreur des effusions en public. Il retire sa main. Il se rabat sur Camilla Parker-Bowles, la duchesse de Cornouailles, l'épouse du prince Charles. Il lui prend le bras, il la caresse, il la pétrit. Il a trouvé un substitut royal. Une proie à sa portée. Il est repris par cette obsession tactile qui a tant indisposé Angela Merkel. C'est chez lui une manière de solliciter son admission dans la meute des puissants de ce monde. Que veut-il dire à cette duchesse en la tripotant avec cet excès d'affection ? Sans doute ceci qui ne peut s'exprimer que par des attouchements non protocolaires : «Est-ce que je te dégoûte ? Est-ce que tu tolères que je pose mes mains sur toi ? Est-ce que tu accepterais que je t'épouille ?» Nicolas Sarkozy a besoin d'un contact physique et olfactif avec ses partenaires étrangers, en préliminaire à toutes négociations. Un mode de relation animal qu'on retrouve chez les grands primates et tous les humains trop instinctifs qui n'ont pas subi le dressage des collèges anglais.
Sarkozy vit ce voyage comme un grand moment de solitude. On s'en aperçoit à l'écran lorsque la reine lui fait visiter Windsor, son château préféré, et lui dévoile ses trésors. Il se penche à côté d'elle sur un manuscrit ancien. Les yeux presque morts, le sourire figé. Il a toujours été incapable de feindre l'attention. Il est trop impatient. Trop angoissé. En plus, il est forcé de se tordre, de se contorsionner à la limite de la crampe pour ne pas commettre le sacrilège le plus impardonnable : toucher la reine. A la recherche d'un réconfort, il reprend en cachette la main de Carla. Mais elle la lui retire. On imagine une bulle : «Tiens-toi bien, il y a du monde. Et du beau monde.» On a tout d'un coup l'impression de s'être trompé. C'est elle qui est en visite chez la reine. Mais elle a commis l'erreur de venir avec son boyfriend, un brave garçon mal dégrossi, qui n'est pas de son milieu. Nicolas Sarkozy paraît plus rassuré lorsqu'il se présente devant la Chambre des Communes et la Chambre des Lords réunies au palais de Westminster pour entendre son discours historique qui doit fonder la nouvelle Entente cordiale. Il est à son affaire. Il va être face à des politiciens, une engeance qu'il connaît mieux que les altesses royales, fi sait les manoeuvrer, les séduire, leur faire la danse des sept voiles. Mais une fois sur le seuil de la galerie royale, lui, le fonceur, marque un temps d'arrêt comme un torero à l'entrée de l'arène. Il prend une profonde aspiration. Il a ce curieux tic, ce roulement d'épaules, plus courant chez les casseurs de banlieue que chez les chefs d'Etat et qui trahit le sentiment d'être toujours menacé physiquement. Il boutonne ou reboutonne son veston. Il se protège l'abdomen, le siège de toutes les vieilles peurs. On comprend alors qu'il n'entre pas dans une enceinte parlementaire, mais dans un tribunal pour y être jugé. Que vient-il chercher devant les deux Chambres du royaume ? Quelle bénédiction ou quelle absolution ? Quel est ce doute secret qui le saisit et l'immobilise avant l'heure de vérité ?
On entend hors caméra un jeune MP qui demande : « Est-ce qu'on va voir Caria ? » Un peu de patience, sir, vous allez la voir. Mme Caria Sarkozy s'assoit dans le fauteuil qui lui est réservé comme si elle avait fait ça toute sa vie. Elle écoute sagement son mari qui se démène comme un beau diable derrière son pupitre pour prouver tout l'amour qu'il porte au Royaume-Uni. Face à elle, c'est toute l'Angleterre profonde qui l'observe, la détaille avec convoitise et un soupçon de cruauté. Des visages enflammés de baronnets tout juste descendus de cheval après une chasse au renard. Des yeux avides. Il faut dire que le «Daily Mail» a publié le matin même une photo du corps nu de Caria Bruni-Tedeschi prise en 1993. Il y a quelque chose de solennel et d'égrillard à la fois dans ce mur de notables quinquagénaires corsetés par leur bonne éducation. Mme Sarkozy les tient à distance de son regard ironique et minéral. Un grand numéro muet de dompteuse, plus impressionnant que le discours de son époux.
En entrant dans le St. George's Hall, la salle à manger monumentale de Windsor, le président Sarkozy promène des regards émerveillés sur la table d'acajou longue de 60 mètres, sur l'argenterie, sur le plafond en forme de carène renversée. Il n'essaie même pas de prendre un air blasé comme les autres chefs d'Etat. Il ne boude pas son plaisir. Il a surmonté toutes les embûches qui parsemaient ce voyage. Maintenant, il vit un rêve, dans une Angleterre qui n'existe plus et qui n'a été reconstituée que pour lui. Il a l'air ébloui et reconnaissant d'un métayer venu régler ses fermages au château."

François Caviglioli
Le Nouvel Observateur

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